Aussi longtemps que je me souvienne, je n’ai rarement été autant convaincu par les idées d’un mouvement populaire citoyen et, en même temps, jamais été autant choqué par une mandature
présidentielle. Il est temps d’en finir avec une majorité présidentielle qui n’a cessé de salir notre pays. En 5 petites années, je ne retiendrai que les impostures Amara, Laporte, Douillet…, la
tentative d’imposer Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD, le discours moyenâgeux de Dakar, les séjours du chef de l’Etat sur des yachts ou chez un mexicain inquiété pour des affaires de drogue et de
blanchiment, les affaires Bettencourt, Paris-Match ou Karachi, les boycotts et l’éviction de certains chroniqueurs radio, l’offensive illégitime en Libye, des magistrats mis sous pression, des
livres censurés (Ruptures de S. Portelli par exemple), l’instrumentalisation du “terrorisme” à deux semaines du 1er tour… Bref, je passe !... Tout cela me fait froid dans le dos. Il faut
donc en finir avec ce système qui salit, chaque jour un peu plus la République. Mais comment ?
Pour ma part, je considère que le vote “utile” (PS), que les médias et pseudo journalistes éditorialistes starisés (les Apathie, Calvi, Barbier, Pujadas, Thréard, Giesbert, Cohen…, ceux-là même
qui ne posent jamais les “questions qui fâchent”) nous martèlent à longueur de journée, n’aidera presque en rien les fondations d’une France saine et débarrassée du spectre de la crise. Voter
Joly, c’est voter pour une ancienne magistrate remarquable mais torpillée par un parti social-démocrate dont les cadres ne respectent pas le choix des primaires et un accord PS-EELV qui ne pourra
en rien garantir à ses idées environnementales de progresser. Ainsi, sur le plateau de France 2 (Des paroles et des actes), Hollande a osé déclarer que, une fois élu, il ne s’occuperait pas de
cet accord… Voter ce dernier, c’est voter pour un candidat qui a déclaré aux banquiers de la City de ne pas s’en faire étant donner que les communistes sont morts dans notre pays. Voter Poutou,
dont je partage certaines idées, c’est choisir un parti qui refuse de gouverner et dont le sympathique candidat annonce qu’il ne souhaite pas la fonction nationale suprême.
Le choix est donc simple pour 4 raisons essentielles.
1) La “Liberté” de voter autrement.
Le vote, c’est l’essence même d’une démocratie, c’est soutenir des idées, une cause, considérer que celle-ci n’est pas un mot vide de sens. La démocratie, c’est donc rejeter le bipartisme des
sociétés anglo-saxonnes qu’on nous “impose” chaque jour un peu plus. La “Liberté”, ce concept au cœur de notre devise nationale, nous permet de voter autrement, rejeter cette alternance bicéphale
néfaste et pauvre en idées, se laver de la culpabilité d’un vote différent.
2) Changer de projet de société.
À en croire certains, notre président serait le sauveur d’une Europe en crise, le garant d’une stabilité économique de la zone monétaire. L’objectivité journalistique est parfois formidable !
Elle nous présente sans-cesse un modèle libéral qui serait inscrit dans nos gènes, indépassable. Ce serait la fin de l’Histoire, tout simplement. Qu’en est-il des économistes alternatifs,
marxistes, trotskistes… que l’on n’entend jamais dans les grands médias ? Les candidats, paraît-il d’ores et déjà qualifiés pour le 2ème tour (à quoi bon aller voter ?), et qui au passage ont
refusé tout débat avec les autres candidats, ne parlent jamais des éléments cruciaux qui permettraient aux citoyens de percevoir la crise européenne d’une manière différente. Qu’en est-il des 2
nouveaux traités européens, notamment du Mécanisme de stabilité financière (MSF) ? L’aide accordée à un des 27 pays membres de l’UE est aujourd’hui soumise à des conditions drastiques
intolérables : un plan de rigueur - ne devrait-on pas dire de super austérité ? - (qui s’accumule au passage avec une dette qui s’aggrave… cherchez l’erreur) imposé par des représentants du FMI
qui dirigeront une commission d’évaluation, la création d’un fond totalement opaque formé sur la base d’une société anonyme hébergée au Luxembourg, l’interdiction de toute action juridique,
administrative ou législative à l’égard de celui-ci, l’interdiction des déficits publics supérieurs à 0,5% du PIB (alors même qu’à 3% aujourd’hui, les pays sont déjà exsangues), l’impossibilité
pour un État de voter son propre budget de manière indépendante… Enfin, J. Cahuzac (responsable du budget de F. Hollande) dans Le Monde du 28/03 a indiqué que son candidat propose que la part des
dépenses publiques dans la richesse du pays passe de 56,5% en 2007 à 53,9% en 2017. Cela signifie qu'il veut moins de dépense publique dans le pays qu'il n'y en a dans la France d'aujourd'hui.
Policiers, enseignants, cheminots, infirmières, postiers, instituteurs, gendarmes, travailleurs sociaux du publique..., annoncez-lui que vous êtes en sureffectifs ! Le système Hollande, c’est
tout simplement la mort de notre système économique et social.
Or, pour les indécis de gauche, sachez que Hollande a déclaré, sans avoir peur du ridicule, qu’il renégocierait un traité déjà signé par le président ! Cela est bien sûr impossible. Quant au PS,
il a refusé la proposition du Front de Gauche de s’opposer à ces textes à l’Assemblée Nationale, mais surtout au Sénat où la Gauche détient pourtant la majorité. Le PS a choisi l’abstention,
permettant à ces textes d’être adoptés ! F. Hollande, comme N. Sarkozy, n’a d’ailleurs pas daigné répondre aux demandes de réponses d’Attac… L’Europe du “changement” de Hollande, c’est celle d’un
candidat par défaut (qui remplace Strauss-Kahn, l’ancien patron du FMI), peu soutenu par les cadres de son parti (Montebourg ayant déclaré le 3 novembre que “le problème de F. Hollande, c’est sa
candidature” ou en 2005 : “il est impossible de construire quelque chose avec F. Hollande”).
À l’inverse, le programme du Front de Gauche, appuyé par de nombreux syndicalistes et construit avec le concours des assemblées populaires citoyennes, propose une vraie alternative, une rupture :
la création d’un service publique bancaire, une redéfinition des prérogatives de la BCE, la possibilité qu’elle prête aux États et aux collectivités territoriales aux mêmes taux d’intérêts qu’aux
banques (soit 1% alors que les banques privées prêtent aujourd’hui aux États, Grèce en tête, à des taux astronomiques), une relance par la consommation avec des salaires améliorés (le SMIC à
1.700 € notamment) et surtout le constat que, sans sortir de ce système qui nous épuise, il sera impossible de rembourser une dette, que nous pensons en grande partie illégitime. 1.400 des 1.700
milliards d’euros de celle-ci ne sont que ses intérêts. Refusons de la payer en suivant les exemples sud-américains ou mieux encore islandais (dont les grands médias se gardent de parler). Une
dette contractée par les dirigeants sans l’agrément ni l’approbation des citoyens, des fonds empruntés investis dans des biens qui n’ont pas profité aux citoyens, telle semble être la parfaite
définition d’une dette odieuse et illégitime.
3) Voter Mélenchon, c’est faire gagner la gauche.
Il faut rappeler que depuis 1988, les intentions de vote des électeurs de gauche n’ont jamais été aussi fortes. En 3 mois (janvier au 31/03), elles sont passées de 36 à 44%. Le dynamisme de la
campagne du Front de Gauche bénéficie donc à la gauche toute entière. Jouant sur nos peurs en agitant la “carotte” du 21 avril 2002, le candidat socialiste martèle qu’être en tête au 1er tour est
capital, que c’est être assuré de voir la gauche l’emporter. Oui, mais quelle “gauche” ? Il oublie de rappeler qu’être second n’a jamais empêché un candidat de l’emporter au final : Mitterrand en
1981, Chirac en 1995 nous ramènent à la raison. De plus, il est tout à fait normal que le score du président sortant soit élevé : jamais dans l’histoire de la Vème République, celui-ci n’a
terminé en 2ème position lors du 1er tour… Hollande prend donc en otage des sondages, qui à mon sens devraient être interdits pour limiter les votes par défaut. Le 21 avril 2002 ? Du pain béni
pour certains…
4) Un PS qui gagne mais avec une gauche puissante, seule alternative possible…
Les avancées formidables qu’ont été la Sécurité Sociale, les congés payés, la retraite ou la baisse du temps de travail n’ont été possibles que lorsque les forces progressistes de gauche et
d’extrême-gauche ont été puissantes (le programme du Conseil National de la Résistance, 1936, 1981). Le premier septennat de Mitterrand a permis des acquis sociaux grâce à l’unification des
forces de gauche avec le Programme Commun de 1972 et un Parti communiste à 20%. Lorsque le score de celui-ci est tombé à 10%, le président a abandonné ses alliés et succombé aux sirènes de la
Rigueur (1983). E. Antoine-Seillère disait lors de son mandat à la tête du MEDEF que le patronat gouverne différemment avec une extrême-gauche à 20 ou à 10%.
C’est pourquoi, le score du Front de Gauche doit être le plus élevé possible dimanche prochain. Au deuxième tour, les voix se reporteront naturellement sur le candidat de gauche arrivé en tête.
Hollande est le seul candidat de gauche à avoir annoncé que son programme n’était pas négociable. Un score faible du Front de Gauche limiterait la possibilité de peser dans les débats futurs et
freinerait la conduite des luttes sociales et syndicales. Pour toutes ces raisons, j’invite les électeurs indécis à bien réfléchir à la portée de leur vote.
Quant à ceux qui ont peur qu’un candidat de gauche ne soit pas présent au second tour (le risque existe-t-il réellement ?), le risque n’en vaut-il pas la peine ? Ne pas le prendre, c’est
conforter Hollande dans des choix libéraux, ne pas écouter la clameur des rues de Madrid ou d’Athènes qui a impulsé une dynamique à poursuivre, c’est renforcer des Marchés apeurés par la
perspective d’un gros score du Front de Gauche. Sans risque, nous n’aurons jamais de résultats. Sans risque, nous n’en serions pas là…
Pour toutes ces raisons et beaucoup d’autres encore, je voterai avec conviction et sans aucune culpabilité pour le candidat du Front de Gauche
dimanche prochain.
Tanguy Teyssier
Je vous conseille de regarder cette vidéo vraiment intéressante sur le mécanisme de la dette :
http://www.wat.tv/video/dette-histoire-baignoire-4m12t_2fgqp_.html
